Ils ont tout compris…
J’étais déjà allé faire un tour sur le site Jamendo il y a quelques mois. L’actualité de la loi Hadopi m’a incité à aller voir ce qu’ils devenaient. De quoi s’agit-il donc ? Voici ce que vous annonce le site en page d’accueil : « Sur jamendo, les artistes autorisent le partage de leur musique. C’est libre, légal et illimité »… Le ton est donné. Basée au Luxembroug, cette société se met clairement en concurrence avec la SACEM depuis 2005 pour offrir du contenu libre. Ce qui n’a jamais voulu dire qu’on pouvait faire n’importe quoi avec, la nuance est importante. Comme cela est expliqué dans l’article Wikipédia qui lui est consacré : « Jamendo est un site web qui propose des albums de musique en téléchargement gratuit. Les artistes, qui autorisent cette gratuité pour les internautes grâces aux licences ouvertes, peuvent s’ils le souhaitent être rémunérés grâce aux dons des utilisateurs, au partage de 50% des revenus publicitaires de Jamendo, ou encore grâce à la vente de licences d’utilisation commerciales de leur musique ». L’idée est qu’au contraire, la diffusion la plus large possible de la musique ne peut être que bénéfique aux artistes. En 2006, un peu plus de 2000 albums étaient présents sur le site. Aujourd’hui, ils sont plus de 23000. De quoi réfléchir donc… Toutes les œuvres sont accompagnées d’une licence Creative Commons, beaucoup moins restrictive que le droit d’auteur : en général, l’attribution est gratuite, mais on doit reconnaître la signature de l’auteur, et puis rien ne vous empêche de faire un don pour rémunérer l’artiste que vous aurez apprécié car tout de même, il faut vivre. Rappelez-vous l’an dernier, le groupe Nine Inch Nails a mis son album Ghost I-IV en téléchargement gratuit sur son site, proposant simplement un paiement au bon vouloir des auditeurs. Résultat, l’album s’est placé numéro 1 des ventes (oui, oui, des ventes) sur Amazon pour l’année 2008. Qui a dit que les nouvelles générations ne voulaient plus payer la musique ?
Par ces temps de grand vent sur l’industrie musicale, Jamendo pousse le bouchon encore un peu plus loin, en vous envoyant, à l’instar de la future Hadopi, un e-mail de remerciement si vous téléchargez. En voici le texte :
[Jamendo] Téléchargement légal – 1er Remerciement
Un grand merci pour votre participation et votre soutien à l’opération “Remerciement Gradué” !
Nous vous encourageons à télécharger, partager en utilisant les widgets, recommander à vos amis la musique des artistes présents sur jamendo.
Lors de votre prochain téléchargement, vous pourrez laisser votre adresse postale et vous recevrez par courrier un “kit du complice” constitué d’autocollants et de documentation.
Les multi-récidivistes ne seront pas oubliés : HADOPI veut suspendre votre abonnement Internet ? Jamendo vous le rembourse !
Il n’a jamais été question de ne pas rémunérer les artistes, bien évidemment. La possibilité de télécharger gratuitement – ou presque – de la musique doit logiquement avoir une contrepartie pour être équitable. L’une d’entre elles est de s’en servir pour faire la promotion des artistes que vous aimez, et de remercier ces artistes en les soutenant, en payant ce que VOUS estimez pour leur musique, en allant au concert, etc. Bref, l’avenir est à la diversité de la musique, et l’existence de cette diversité passe par la diffusion la plus large possible de toutes les musiques !
Je ne sais pas si l’expérience Jamendo aura la vie longue – mais je le souhaite – , je ne sais pas si le système qu’ils proposent est parfait – probablement pas – mais je sais de manière certaine que le système actuel n’est pas parfait, et ne correspond pas aux évolutions de la technologie ni de la société. Les changements sont toujours facteurs d’incertitude, de risque et de redistribution des cartes ; c’est toujours moins grave que l’absence de changement qui en l’espèce est purement et simplement suicidaire, même pour ceux qui espèrent – de manière totalement illusoire – sauver ainsi leur système ! Toutes les idées sont bonnes à étudier pour que l’évolution de la musique numérique bénéficie à la fois aux artistes et aux auditeurs : le potentiel est énorme dans les deux sens, à condition de faire l’effort d’être inventif !
Plus d’informations :
- Jamendo : http://www.jamendo.com/fr/
- Article Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jamendo
- Article licence CC : http://fr.wikipedia.org/wiki/Creative_Commons
- Article sur Nine Inch Nails : http://bit.ly/gRLVO
Lettre ouverte aux Indépendants par Gerd Leonhard
Gerd Leonhard se définit comme un prévisionniste (futurist ?) des médias et des technologies de la communication. Ses domaines d’expertise sont entre autres la musique enregistrée, les médias sociaux… Si l’avenir de votre musique vous intéresse, je vous incite à le suivre, sur son site (http://www.mediafuturist.com/index.html), sur twitter (http://twitter.com/gleonhard) ou comme il vous plaira. Invité régulièrement dans différentes conventions, il a publié en 2007 une “Lettre ouverte aux Indépendants: “Music 2.0 et le future de la musique s’offrent à vous – à condition d’arrêter de copier les majors” . Déjà deux ans, et nous ne sommes pas loin des prévisions faites à l’époque. Il y a surtout une vision constructive de l’évolution de l’Industrie Musicale actuelle que chaque indépendant (artiste, label ou autre) devrait tacher de s’approprier et d’adapter à ses propres particularités. La lettre est disponible à cette adresse : http://ow.ly/81HN. Bonne lecture.
le Bananier bleu, c’est l’actualité du jazz en Guadeloupe et plus largement aux Antilles françaises. Avec l’Autre blog, nous élargissons le point de vue : pas que le jazz, et pas que les Antilles. Cela laisse de la marge… Les mots d’ordre ? Fusion, world, tropical, jazz, funk, soul… Mais on y élargira le débat égalementà ce qui nous passe par la tête, en particulier aux réflexions sur l’évolution actuelle de l’industrie de la musique, à la révolution Internet et à ses implications dans un monde où l’économie de la culture était déjà fragilisée à la base. N’hésitez pas non plus à nous suggérer les thèmes ou les musiques que vous voudriez voir apparaître ici.